
Made in the valley
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ContemplerDans la Vallée, l’art n’attend pas derrière un cordon rouge. Il est partout, et il est parfois insolite. Ouvrez grand les yeux, levez haut la tête.
À la Librairie Sauvage de Louise Jeantet et Louis Paturaud, même les murs racontent une histoire : une très belle fresque qui date des années 20, et qui est encore bien conservée, représente les montagnes de la Vallée. Un peu plus loin, à la boutique Columbia, on vient autant pour les nouvelles collections que pour l'œuvre accrochée dans le magasin. C'est celles du célèbre Marcel Wibault. Une représentation reconnaissable entre toutes du massif du Mont-Blanc qu’il a autant peint qu’arpenté.
Dans la même rue, la fresque monumentale en trompe-l’œil sur 160 m² de façade rend hommage à 20 figures majeures de l’alpinisme. Autour de l’emblématique écusson de la Compagnie des Guides, on peut reconnaître Jacques Balmat bien sûr, mais aussi Marie Paradis-Servante et Henriette d’Angeville, les deux premières femmes à avoir gravi le mont Blanc. Le clin d’œil à la pâtisserie des Alpes est une toute petite fresque sur l’un des murs latéraux du Super U. Sur la façade, le peintre Lionel Wibault a réalisé des portraits de grandes figures de l’alpinisme et du ski dans la vallée. Et le long des quais de l’Arve, le graffiti se fait poésie : le portrait en noir et blanc de Gaston Rébuffat signé Sonia Guiollot est accompagné de cette phrase de sa femme : « dans l’audace il y a l’enchantement. » Et on ne sait pas ce qui brille le plus, l’hommage rendu au guide ou la justesse de ces quelques mots.

Lucien Boucansaud et Guillaume Pierrel ont vu la Vierge. Ils en ont même vu sept. Les deux alpinistes sont partis sur les traces des anciens, enchaînant 130 km et 16000 m D+ en 10 jours pour atteindre sept aiguilles mythiques du massif (les Drus, le Grepon, le Peuterey…) où trônent des statuettes de la Vierge. Ils ont ainsi tenté de percer le mystère des gardiennes des sommets et en ont fait le sublime documentaire « La Madone », plusieurs fois primé et Coup de Cœur du Jury au Chamonix Film Festival 2025.
Bien plus bas, à Vallorcine, l’église du village s’est donnée un petit coup de fouet arty avec les 12 vitraux contemporains du Père Kim En Joong, prêtre et artiste sud-coréen. Les couleurs claquent et illuminent même un jour blanc. À Chamonix, l’église Saint-Michel a misé, elle, sur le pop spirituel avec deux vitraux signés du maître verrier grenoblois Louis Balmet. L’un représente Bernard de Menthon qui terrasse un diable à queue de serpent avec son bâton de montagne. L’autre est probablement la seule représentation au monde de saint Christophe à côté de skieurs et de bobeurs en combi’ moulantes.
Sur la toiture de la Maison des Artistes, se trouve une girouette avec deux skieurs qui fendent la bise en silence. Et au-dessus de la pharmacie du Mont-Blanc, une diligence miniature rappelle l’époque où l’on arrivait dans la Vallée en voiture à cheval, après avoir traversé trois cols et une nuit glaciale. De l’art du temps qui passe…